Panorama 2024 : les expositions à voir absolument
En 2024, le musée national de Port-Royal des Champs propose trois expositions temporaires majeures, qui chacune explore des facettes différentes du site et de sa postérité artistique.
1. « Port-Royal et la peinture du silence : artistes entre retrait et lumière » (printemps-été 2024)
Cette exposition-phare du printemps met en valeur la résonance singulière du silence, thème cardinal de Port-Royal, dans la peinture française du XVIIe et XVIIe siècles ainsi que dans l’art contemporain. À travers une sélection d’une quarantaine d’œuvres issues des collections nationales et de prêts exceptionnels, le parcours offre un dialogue inédit entre les toiles des maîtres classiques (Philippe de Champaigne, Eustache Le Sueur, ainsi que le rare Nicolas de Plattemontagne) et des artistes actuels (notamment la photographe Anne Immelé et le plasticien Didier Faustino).
- Pourquoi cette exposition est-elle remarquable ? Parce qu’elle met en lumière une esthétique du retrait et du dépouillement, partagée par les Solitaires gravitant autour de Port-Royal, et oppose à la rhétorique, la force du non-dit. Les portraits de religieuses et les vues du grand cloître révèlent, par l’anonymat et la rigueur de la composition, une spiritualité de la présence-absence.
- À signaler : la présentation exceptionnelle du célèbre « Ex-voto de 1662 » de Philippe de Champaigne, prêté par le musée du Louvre, et la commande d’une série photographique sur « Les lieux du silence aujourd’hui ».
Sans verser dans la nostalgie, cette exposition invite à réfléchir sur notre capacité à « écouter » un lieu par l’image, sur la continuité d’une esthétique de la sobriété dans l’art d’aujourd’hui.
2. « Port-Royal, laboratoire d’éducation : images, jeux et pédagogies nouvelles » (été 2024)
La tradition éducative de Port-Royal, souvent réduite à la querelle du « Petits Écoles », fait ici l’objet d’une relecture éclairante. Manuscrits, livres rares, jeux éducatifs et objets inédits (dont plusieurs prêtés par la Bibliothèque nationale de France et la Bibliothèque Mazarine) se répondent pour restituer l’étonnante modernité des pratiques pédagogiques nées dans la vallée.
- À retenir : la présentation, pour la première fois depuis plus de trente ans, du célèbre « Livre de raison » de Pierre Nicole, ainsi que l’installation d’un tableau noir reconstitué à partir d’inventaires d’époque.
- L’exposition s’adresse à un large public, jeunes visiteurs compris ; des ateliers pratiques sont proposés autour des « jeux éducatifs » conçus au XVIIe siècle et adaptés par des pédagogues actuels.
- Des vidéos documentaires explicitent la filiation entre Port-Royal, Rousseau et les pionniers de l’éducation nouvelle (XIXe-XXe siècles).
| Manuscrit présenté |
Auteur |
Date |
Institution prêteuse |
| L’ABC des Petites Écoles |
Lemaistre de Sacy |
vers 1659 |
BNF, Paris |
| Livre de raison |
Pierre Nicole |
1665 |
Bibliothèque Mazarine |
Le parcours, scénographié avec sobriété, rend tangible l’esprit d’innovation qui animait ce « laboratoire de l’éducation » selon l’expression de Philippe Sellier (Port-Royal, la grâce et la liberté, Gallimard, 1999).
3. « Mémoire(s) de Port-Royal : visions contemporaines d’un site en ruines » (automne-hiver 2024)
En clôture de l’année, Port-Royal accueille une grande exposition collective réunissant artistes, photographes et écrivains contemporains autour de la question de la ruine, du témoignage et de la résurgence. Le projet s’appuie sur les fouilles archéologiques récentes (2019-2022) menées sur le site – fouilles qui ont permis de redécouvrir le tracé original des anciens bâtiments, et d’exhumer des fragments d’objets liturgiques aujourd’hui exposés pour la première fois.
- Temps forts : création sonore immersive dans la salle du Parloir, parcours photographique « à hauteur de ruine », grand livre d’or où visiteurs et artistes consignent leur mémoire du lieu.
- Présence de vidéos d’entretiens avec les principaux archéologues et conservateurs ayant œuvré à la connaissance de Port-Royal ces dernières années (voir le rapport de Sophie Houdart, CNRS, 2022).
- L’exposition invite aussi des écrivains – Christine Jordis, Pierre Michon – à croiser leurs mots et leur expérience du site.
En filigrane, une réflexion sur la mémoire, le deuil, la transmission : que reste-t-il d’un lieu voué à l’effacement par l’Histoire ? Comment la création, aujourd’hui, s’empare-t-elle d’une ruine pour en faire un point de départ ? Le visiteur est invité à arpenter les espaces, à confronter regard d’historien, d’artiste et d’arpenteur, dans l’esprit pluridisciplinaire qui fait la singularité de Port-Royal.